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ALGÉRIE : AVEC « ZAGATE », SOUAD MASSI CRIE SA RÉVOLTE FACE À LA GUERRE À GAZA

La photo sur la pochette annonce la couleur : Souad Massi, qui posait plutôt en jeans et chemise sur ses albums précédents, pour affirmer sa modernité de songwriter installée en France, s’affiche ici en Algérienne, fière de son patrimoine culturel : veste rouge au design ethnique – couleur de l’énergie et de la confiance en soi ; lourds bijoux orientaux d’argent au front et au cou ; et tatouage dessiné sur le visage, comme les femmes paysannes de son pays. 

Et dans le livret du disque, elle pose en Africaine qu’elle est – car dans Afrique du Nord il y a d’abord Afrique, ne l’oublions pas : la chevelure tressée en fines tresses. Avec sa guitare, son jeans et ses bottines de rockeuse moderne. Mais ces tresses nous disent d’emblée : «  je n’appartiens pas à l’Europe. J’appartiens à l’autre rive ». 

Elle l’affirme d’ailleurs dans le titre « D’ici, de là-bas », co-écrit et composé avec Gaël Faye. Deux artistes qui appartiennent à deux cultures à la fois, l’un par le sang, la première par son enracinement géographique, installée en France depuis 26 ans : depuis le succès fulgurant de son premier album, « Raoui » (le conteur), qui l’a convaincue de rester vivre en France, pour être libre de sa parole. 

« Congo Connection » est un autre titre co-écrit et composé avec un artiste frère : avec le rappeur français Youssoupha cette fois, pour dénoncer le travail inhumain imposé à des enfants, dans les mines de ce pays, pour extraire ces métaux précieux dont nos téléphones portables sont faits. 

Mais à part quelques titres, l’ensemble de l’album « Zagate » (de l’expression algérienne, empruntée au français « Ça se gâte »), est un long cri de révolte contre la guerre, à GAZA notamment, même si le lieu n’est jamais donné. Car le génocide du peuple palestinien nous touche à nous, peuple arabe, tout particulièrement, du Maroc au Yémen : solidarité de culture et de langue. Les Palestiniens sont un peuple frère pour nous, et les réseaux sociaux en sont la plus parfaite illustration, depuis près de 3 ans. 

« Samt » : silence : le premier titre de l’album annonce la couleur. Car la communauté internationale a assez accusé le silence des nations, et leur impuissance, devant ce génocide : « La nuit s’abat sur nous, interminable (…) / Mes yeux se sont noyés en sanglots (…) »

« L’équation » dénonce : « Pousse les murs de ta prison/Vole car tu es né libre/Tu es né pour vivre/(…)/Car chaque guerre/Enfante des orphelins » 

« Tiri » est une magnifique balade, comme Souad sait les ciseler, d’une tristesse infinie : « Le feu a consumé mon printemps / Et tout ce que je touche est consumé… »

« Ana Inssan » (Je suis un être humain) est un autre cri de douleur : « Et voici le cri des enfants qui résonne / Leurs corps frêles se tordent dans la douleur »

Et dans « Sawt » (Une voix), l’artiste exhorte : « Pleure pour ceux qui sont morts/ Et pour ceux qui errent encore / Vivants mais morts à leur humanité ». 

Des artistes comme JOAN BAEZ pour s’opposer à la guerre du Vietnam ; BORIS VIAN pour refuser la guerre d’Algérie ; ATAHUALPA YUPANQUI pour dénoncer la condition faite aux peuples indigènes en Amérique Latine – et pour pleurer les disparus de la dictature en Argentine ; et, pourrons-nous dire demain, comme SOUAD MASSI pour dénoncer le génocide à Gaza : le monde a besoin d’artistes comme ceux et celles-ci. Qui ont le courage d’exprimer ce que beaucoup pensent tout bas sans oser le dire à haute voix. Et qui ont la sensibilité poétique qui nous touche et nous bouleverse. 

Car les artistes ne répondent jamais à la violence par la violence, à la haine par la haine. Ils nous donnent à voir. Nous donnent à sentir. A ressentir. Et leurs mots, et leurs musiques, finissent par faire bouger l’ordre des choses, et trembler les puissants : vous le savez…

« I have a dream » rêvait MARTIN LUTHER KING en 1963, et le chantait 10 ans plus tard, la Grecque ANGÉLIQUE IONATOS, mettant son texte en musique. Quelques décennies plus tard, les USA élisaient un Président à la peau noire : « un rêve » encore impensable à l’époque du vénérable Pasteur noir… 

Nadia Khouri-Dagher – n.khouri AT orange.fr 


Les dates de la tournée de Souad Massi pour les mois qui viennent, en France et en Europe, sur son site :  souad-massi.com

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