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JAMAÏQUE-USA-MARSEILLE – LAMINE DIAGNE: «Kay ! Lettres à un poète disparu »


«Kay ! Lettres à un poète disparu » : CLAUDE MCKAY, LAMINE DIAGNE, avec Mike Ladd, Alain Damasio & autres artistes, Label Maison Bleue, 2026 

Et spectacle au Festival d’Avignon, Théâtre des Halles, jusqu’au 25 juillet 2026 

« J’ai rencontré Claude McKay à travers « Banjo », ce roman vibrant qui traverse le port de Marseille il y a cent ans. En le lisant, la ville changeait de visage : en sortant de chez moi,j’avais l’impression de marcher dans ses pages, au milieu des marins, des langues mêlées, des vies en mouvement. 

« Un soir, assis au fond d’un bar de la Plaine (quartier bohème de Marseille, ndlr), j’ai commandé deux verres. J’ai invité Claude à me rejoindre. Dans cette rencontre imaginaire, j’ai pris note de nos échanges. C’est ainsi qu’est née cette correspondance posthume – une tentative de faire entendre, aujourd’hui encore, la voix d’un poète qui n’a jamais cessé de nous parler ». 

Ainsi se confie, dans le livret du disque, LAMINE DIAGNE, à la fois conteur, auteur, slameur et saxophoniste, et Marseillais depuis 25 ans. Il a trouvé en Claude McKay (né en Jamaïque en 1889 et mort aux USA en 1948) une âme-soeur, comme cela nous arrive parfois en découvrant un auteur qui nous touche au coeur. Il a donc décidé de lui rendre hommage, et surtout de le faire connaître à un large public : à travers ce CD, mais surtout avec un spectacle, dont ce disque est l’essence audio, et qui sera sans nul doute l’un des points forts du Festival d’Avignon, et qui se tient jusqu’au 25 juillet (2026) au Théâtre des Halles. 

Nous aussi, nous avons découvert ce formidable auteur afro-américain, grâce à tout aussi formidable roman « Banjo » (1929), qui se déroule à Marseille, dans le milieu des dockers, des prostituées, et des petites gens qui peuplaient les quartiers, alors pauvres voire mal famés, du Panier et du Vieux-Port. 

C’est un réalisateur, MATTHIEU VERDEIL, qui a mis le livre dans les mains de Lamine Diagne. Moi, c’est TATOU, leader du groupe marseillais (basé à La Ciotat) MOUSSU T E LEI JOVENTS (ainsi que du groupe MASSILIA SOUND SYSTEM), qui m’a parlé pour la première fois de cet auteur, lors d’une interview au FESTIVAL BABELMED à Marseille, il y a près de 15 ans… Merveilleux passages, merveilleux partages littéraires, que chacun de nous vit parfois…

Journaliste, j’ai reçu le disque avant de voir le spectacle – dont j’imagine la force, car le disque en lui seul est bouleversant. Et j’y découvre un Claude McKay poète : car l’écrivain, né en Jamaïque dans une famille aisée de propriétaires terriens, y a publié, en 1912, les tout premiers poèmes écrits en créole jamaïcain, donnant ainsi  ses lettres de noblesse à cette langue du petit peuple, qui était uniquement orale auparavant. 

(Aujourd’hui, à sa suite, une foule d’artistes, tels NATHALIE NATIEMBÉ ou ou CHRISTINE SALEM à LA RÉUNION, mais aussi feu FELA KUTI au Nigeria, et une multitude d’autres, partout où l’on parle une langue créole sur la planète, mettent pareillement en poèmes, en romans ou en chansons leur langue natale, métissée, qui était autrefois interdite d’impression, et interdite d’antenne…).

Le spectacle, qui inclut des vidéos de MATTHIEU VERDEIL, est ainsi un dialogue entre des écrits de Claude McKay, traduits en français mais aussi parfois dans l’original anglais ; et les propres mots et poèmes de Lamine Diagne – parlés ou slamés. Textes de ce poète marseillais d’aujourd’hui qui sont un magnifique hommage à cette ville, aujourd’hui, tout comme le roman « Banjo » l’était, il y a 100 ans. « Marseille accueille le monde en son sein… » dit ainsi Lamine Diagne dans un vers. Et nous vous laissons découvrir ses textes, déclaration d’amour à la ville où il vit, à travers le disque ou en allant voir le spectacle… 

Mention spéciale : à la musique et aux musiciens, car Lamine Diagne, qui est saxophoniste, a conçu un spectacle MUSICAL : ce n’est donc pas une récitation de textes et de poèmes, mais un disque, et un spectacle, où les mots et la musique sont d’importance égale – remarquables tous deux ! Compositeurs : Lamine Diagne, et plusieurs des musiciens qui l’accompagnent :

Bravo à : WIM WELKER (guitares), BEN RANDO (piano, claviers), CHRISTOPHE LINCONTANG (contrebasse), SAM FAVREAU (basse & contrebasse), JÉRÉMI MARTINEZ (batterie), MIKE LADD & ALAIN DAMASIO & JUICE ALEEM (aux voix), SAMUEL DIOUF (clavier), MATTHEW BUMGARDNER (trombone)

Et pour finir, cet extrait d’un poème de Claude McKay, déclaration d’amour à son pays natal, qui parle au coeur de tous les exilés… : 

MY NATIVE LAND, MY HOME (1912), Claude McKay 

Dere is no land dat can compare
Wid you where’er I roam
In all de wul’ none like you fair
My native land, my home

Jamaica is de nigger’s place,
No mind whe’ some declare
Although dem call we « no-land race »

I know we home is here  

You give me life an’ nourishment, 
No udder land I know

My lub I neber can repent
For all to you I owe

E’en ef you mek me beggar die
 I’ll trust you all de same
An’ none de less on you reply,
Nor saddle you wid blame

(…) 

Nadia Khouri-Dagher – n.khouri AT orange.fr

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Bonus-Track : 

1 – Claude McKay, courte bio : Il naît dans une famille aisée de propriétaires terriens, publie ses premiers poèmes en Jamaïque, en créole. IL part étudier l’agronomie aux Etats-Unis, et découvre la brutalité de la ségrégation. Il s’installe à New York – à Harlem forcément, de par les lois ségrégationnistes. Il fait partie des mouvements anti-ségrégationnistes, et son poème « If we must die », publié en 1919, au pic de violences racistes aux USA (on pense à « Black Lives Matter », plus de 100 après, comme si rien n’avait changé…), le fait connaître des milieux intellectuels. 

Son premier roman, « Home to Harlem » (1928), description de la vie quotidienne dans ce quartier déshérité, et des violences racistes, est un best-seller aux USA. L’écrivain a beaucoup voyagé : Europe – il a longtemps vécu en France – Russie, Maroc. Il est mort aux USA en 1948, dans la pauvreté.

2 – L’auteur américain a été redécouvert récemment en France, notamment grâce à la réédition de son roman, « Banjo », par les EDITIONS DE L’OLIVIER, en 2022. 

3 – En 2015, la VILLE DE MARSEILLE a donné le nom de Claude McKay à un passage. 

4 – Autres événements à découvrir dans le cadre des Années McKay : www.mckay100ans.com

4 – www.labelmaisonbleue.com

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